Chaque année, selon l’Assurance retraite, environ 700 000 personnes partent à la retraite — et plus de 100 000 d’entre elles sont lésées sans même le savoir. Souvent parce qu’elles n’ont pas déclaré correctement leurs périodes de congé parental, ou ignoraient tout simplement leurs droits. Je l’ai réalisé il y a quelques mois, en épluchant mes documents administratifs entre deux goûters avalés à la va-vite — mes trimestres n’étaient pas tous bien comptabilisés. Un petit frisson froid. Autant vous dire que j’ai aussitôt plongé dans le sujet.
l’article en bref
Environ 700 000 personnes partent à la retraite chaque année, mais plus de 100 000 ignorent leurs droits au congé parental.
- Le congé parental valide jusqu’à 12 trimestres assimilés : 1 trimestre pour chaque tranche de 90 jours à temps plein.
- L’AVPF permet de cotiser sans travailler si vous percevez PreParE ou Paje, générant des trimestres dits cotisés.
- Depuis 2023, le père peut recevoir 2 des 4 trimestres éducation — décision à communiquer dans les 6 mois.
- La surcote parentale augmente la pension de 1,25 % par trimestre cotisé au-delà de la durée requise.
Ce que le congé parental change vraiment pour votre retraite
Le congé parental d’éducation permet à tout salarié justifiant d’au moins un an d’ancienneté à la date de naissance ou d’adoption de s’occuper de son enfant, sans rupture de contrat. Il peut être pris à temps plein — le contrat est alors entièrement suspendu — ou à temps partiel, avec un minimum de 16 heures de travail par semaine. La durée initiale est d’un an, renouvelable deux fois, jusqu’au 3e anniversaire de l’enfant. En cas de naissances multiples ou de trois enfants ou plus, ce délai s’étend jusqu’au 6e anniversaire.
Pendant un congé à temps plein, le salaire s’arrête. Le parent peut alors demander la Prestation partagée d’éducation de l’enfant (PreParE) ou la Prestation d’accueil du jeune enfant (Paje) auprès de la Caisse d’Allocation Familiale (CAF). Ces aides sont soumises à conditions de ressources, mais elles ouvrent aussi un droit précieux : l’affiliation à l’Assurance vieillesse des parents au foyer (AVPF).
L’AVPF est méconnue, et c’est bien dommage. Si vous percevez la PreParE, l’Allocation de base, le Complément familial ou l’Allocation journalière de présence parentale (Ajpp), que vous avez une activité réduite ou nulle, et que vos ressources ne dépassent pas les plafonds en vigueur, la CAF verse directement des cotisations retraite en votre nom. Vous cotisez sans travailler. C’est exactement ce mécanisme qui permet, sous conditions, de valider des trimestres dits cotisés — et non seulement assimilés.
Sur la retraite complémentaire, certains accords d’entreprise prévoient le maintien des cotisations sur la base d’une activité normale pendant toute la durée du congé. Un point à vérifier absolument avec votre employeur avant de partir.
Trimestres assimilés, trimestres cotisés : les règles concrètes de validation
Chaque tranche de 90 jours de congé parental à temps plein ouvre droit à un trimestre dit assimilé — c’est-à-dire validé, mais sans versement direct de cotisations. Le maximum est de 4 trimestres par an, et de 12 trimestres au total, soit trois ans. Ces trimestres n’apparaissent pas sur le relevé de carrière : ils sont attribués au moment de la liquidation de la retraite.
Voici les principales règles de validation à retenir :
- Un trimestre assimilé est accordé pour chaque période de 90 jours de congé parental à temps plein.
- Le maximum est de 12 trimestres assimilés sur l’ensemble de la carrière au titre du congé parental.
- Un congé parental à temps partiel ne génère pas de trimestres supplémentaires — mais vous validez 4 trimestres par an si vous travaillez au moins 600 heures payées au SMIC sur l’année.
- Depuis la réforme des retraites de 2023, jusqu’à 4 trimestres issus du congé parental peuvent entrer dans le dispositif carrières longues, à condition d’avoir été cotisés via l’AVPF.
Pour bénéficier de cette majoration, il suffit de transmettre l’attestation de congé parental — fournie par votre employeur avec les dates précises — à votre caisse de retraite. Simple en théorie. En pratique, c’est souvent ce document qui se perd dans une pile de courriers non ouverts… Je parle d’expérience.
| Type de congé | Trimestres validés | Nature des trimestres | Maximum total |
|---|---|---|---|
| Congé parental à temps plein | 1 trimestre / 90 jours | Assimilés (ou cotisés via AVPF) | 12 trimestres |
| Congé parental à temps partiel | 0 trimestre spécifique | Cotisés si ≥ 600h/SMIC/an | 4 trimestres/an |
| Maternité / adoption (depuis 2014) | 1 trimestre / 90 jours d’IJ | Assimilés | Variable |
Cumuls, majorations et ce que la réforme 2023 change pour les parents
La question du cumul des majorations est celle qui revient le plus souvent — et qui génère le plus de confusion. Pour chaque enfant, la mère bénéficie automatiquement de 8 trimestres de majoration : 4 au titre de la maternité, 4 au titre de l’éducation. Depuis 2023, 2 des 4 trimestres éducation sont attribués automatiquement à la mère, les 2 autres pouvant aller au père. Ce choix doit être communiqué à la caisse de retraite dans les 6 mois suivant le 4e anniversaire de l’enfant. Passé ce délai, tout est attribué à la mère.
La majoration pour congé parental ne se cumule pas avec les 8 trimestres maternité/éducation pour le même enfant. La caisse compare les deux et retient la solution la plus avantageuse. En utile, la conversion en trimestres congé parental devient intéressante seulement si le congé a dépassé 8 trimestres.
La réforme de 2023 a aussi instauré la surcote parentale : pour les assurés nés à partir du 1er avril 1965 ayant au moins un trimestre de majoration parentale, chaque trimestre cotisé au-delà de la durée requise dans l’année précédant l’âge légal augmente la pension de 1,25 %, dans la limite de 5 %. Une vraie nouveauté pour les mères qui ont souvent des carrières hachées.
Autre apport de 2023 — le minimum contributif majoré. Avec au moins 120 trimestres cotisés et une affiliation à l’AVPF pendant le congé, la pension peut atteindre jusqu’à 847,57 € brut par mois (montant 2023). Pour déclarer vos enfants et vérifier l’ensemble de vos droits, le site info-retraite.fr propose un service en ligne dédié, accessible via FranceConnect. Ne remettez pas cette démarche à demain — c’est exactement le genre de chose qui attend dans un tiroir pendant dix ans.