Je me souviens encore du soir où Elena, alors toute petite, pleurait sans s’arrêter, le ventre gonflé, les jambes repliées contre elle. J’avais beau la bercer, rien n’y faisait. Après quelques recherches frénétiques sur mon téléphone — parce que oui, le carnet de santé était introuvable ce soir-là — j’avais compris : constipation du nourrisson. Ce mot m’avait semblé énorme pour un si petit bébé.
l’article en bref
La constipation du nourrisson nécessite une approche globale combinant diagnostic précis et traitements adaptés :
- Reconnaître la constipation : moins de 2 selles par jour chez le nourrisson allaité, moins de 3 par semaine en lait artificiel, toujours dures et douloureuses.
- Traitement médical en deux étapes : désimpaction fécale avec suppositoires à la glycérine, puis entretien prolongé au macrogol dès 6 mois.
- Probiotiques et prébiotiques : souches comme Lactobacillus reuteri et bifidobactéries, avec au moins 1 à 2 milliards de bactéries par dose, en soutien du microbiote.
Reconnaître la constipation chez le bébé : des critères précis
Avant de chercher un traitement, encore faut-il identifier le problème. Et croyez-moi, ce n’est pas toujours évident. La constipation chez le nourrisson ne se résume pas à “mon bébé n’a pas fait ses selles aujourd’hui”. Les critères varient selon l’alimentation et l’âge de l’enfant. Pour aller plus loin, consultez notre guide sur La constipation chez le nourrisson.
Voici les repères à connaître selon la situation de votre bébé :
- Nourrisson nourri au sein : moins de 2 selles par jour peut signaler un problème.
- Nourrisson nourri au lait artificiel ou en diversification : moins de 3 selles par semaine.
- Grand enfant : moins de 2 selles par semaine.
- Dans tous les cas : selles dures, sèches, difficiles et douloureuses à émettre.
Dans la grande majorité des situations — environ 95 % des cas — la constipation est dite fonctionnelle. Elle résulte souvent d’un régime pauvre en fibres, d’une déshydratation ou d’une sédentarité. Un biberon mal reconstitué, trop concentré en farine ou en épaississants, peut aussi ralentir le transit. Mais dans 5 % des cas, notamment chez les nourrissons de moins de 18 mois présentant une mauvaise croissance ou des vomissements inexpliqués, une cause organique doit être recherchée : hypothyroïdie, maladie de Hirschsprung, anomalie neurologique ou anus sténosé. Tout retard d’émission du méconium — normalement émis dans les 48 heures après la naissance — doit alerter le médecin. Si votre bébé présente des signes inhabituels comme un reflux gastro-œsophagien avec symptômes digestifs, ORL ou respiratoires, parlez-en aussi à votre pédiatre : ces troubles peuvent coexister.
Médicaments et laxatifs : ce que propose vraiment le traitement médical
Quand les mesures hygiéno-diététiques ne suffisent pas, le traitement médicamenteux de la constipation du nourrisson entre en jeu. Il se divise en deux grandes phases : la désimpaction fécale, pour vider le colon en cas de bouchon, puis le traitement d’entretien pour réguler le transit sur la durée. Notre article sur constipation du nourrisson complète parfaitement cette lecture.
Pour la désimpaction fécale, les suppositoires à la glycérine restent la solution privilégiée chez les tout-petits. Pour les nourrissons de moins de 2 ans, on utilise un demi à un suppositoire pédiatrique par jour, pendant trois jours maximum. Aucun effet indésirable répertorié à ces doses. Chez les enfants plus grands, le polyéthylène glycol (PEG) par voie orale constitue une option efficace, à raison de 1 à 1,5 g/kg/jour pendant trois à six jours.
Pour le traitement d’entretien de la constipation chronique, voici les principaux laxatifs utilisés en pédiatrie :
| Médicament | Âge minimum | Forme | Principaux effets indésirables |
|---|---|---|---|
| Macrogol (PEG) | 6 mois | Poudre orale | Diarrhée, nausées, crampes |
| Lactulose | Dès la naissance (AMM 6 mois) | Solution orale | Flatulences, crampes |
| Bisacodyl | 3 ans | Comprimés | Crampes, hypokaliémie |
| Sirop de séné | Moins de 2 ans (usage limité) | Sirop | Mélanose colique, crampes |
| Hydroxyde de magnésium | 2 ans | Solution | Hypermagnésémie si surdosage |
Le macrogol est aujourd’hui la référence pour le traitement prolongé de la constipation de l’enfant. Il est autorisé dès 6 mois. Le traitement doit durer au minimum quatre semaines pour réguler efficacement le transit. L’objectif est d’éviter le cercle vicieux des défécations douloureuses qui entraînent une rétention volontaire — et une constipation qui empire.
Probiotiques et prébiotiques : un soutien réel pour le transit du nourrisson
Avec Elena, j’avais aussi entendu parler des probiotiques par la pédiatre. J’avoue que j’étais un peu sceptique au début. Des bactéries pour aider mon bébé à faire ses selles ? Et pourtant, la littérature scientifique commence à dessiner des pistes intéressantes.
Les probiotiques sont des micro-organismes vivants — bactéries ou levures — qui enrichissent le microbiote intestinal. Les prébiotiques, eux, sont des composés alimentaires qui nourrissent ces bactéries bénéfiques. Ensemble, ils forment les préparations symbiotiques, dont certaines études montrent une efficacité potentiellement plus élevée qu’un placebo sur le succès du traitement de la constipation (RR 2,32 dans une méta-analyse portant sur 155 participants).
Cela dit, restons honnêtes : les données actuelles restent de niveau de confiance faible. Sur 14 études randomisées analysées (1 127 participants), les probiotiques seuls ne montrent pas de différence statistiquement significative par rapport au laxatif osmotique seul. Mais ils présentent un profil de tolérance très favorable, notamment chez les nourrissons.
Les souches les plus documentées restent les lactobacilles — dont Lactobacillus rhamnosus, Lactobacillus reuteri et Lactobacillus casei — ainsi que les bifidobactéries. Un produit efficace doit contenir au moins 1 à 2 milliards de bactéries par dose. Les probiotiques sont particulièrement utiles après une antibiothérapie, après une naissance par césarienne, ou en cas de coliques avec flore intestinale appauvrie en lactobacilles. Les laits artificiels enrichis en probiotiques peuvent aussi représenter une aide précieuse pour les bébés non allaités souffrant de troubles du transit. Un traitement préventif, à raison d’une prise quotidienne ou de deux à trois fois par semaine, est recommandé pour réensemencer et soutenir la flore intestinale de votre nourrisson durablement.